Environ un couple sur six consulte pour des difficultés à concevoir, et une cause masculine est en jeu dans près de la moitié des situations. Le bilan de l’homme est simple, rapide, et débouche souvent sur des solutions concrètes.
Sommaire — accédez directement à la partie qui vous intéresse :
- ▸ Quand consulter ?
- ▸ Le bilan de l’homme
- ▸ Les causes
- ▸ Les examens complémentaires
- ▸ Les traitements
- ▸ Les prélèvements chirurgicaux de spermatozoïdes
- ▸ Préserver sa fertilité avant un traitement
- ▸ Ce qui dépend de vous
- ▸ L’expertise du service
- ▸ Une équipe qui fait progresser les connaissances
- ▸ Références
Quand consulter ?
On parle d’infertilité lorsqu’une grossesse n’est pas obtenue après douze mois de rapports réguliers sans contraception. Ce délai est ramené à six mois lorsque la femme a plus de 35 ans, ou d’emblée en cas d’antécédent connu chez l’un des deux partenaires.
Un point mérite d’être souligné : l’infertilité s’explore en couple, et des deux côtés en même temps. Le bilan de l’homme est le plus simple et le plus rapide des deux — il n’y a aucune raison de le repousser à plus tard.
Le bilan de l’homme
- Un entretien : antécédents d’infection, de traumatisme ou de chirurgie des bourses, testicule non descendu dans l’enfance, oreillons, chimiothérapie ou radiothérapie, traitements en cours, exposition professionnelle à la chaleur ou à des toxiques, tabac et cannabis, et le délai depuis lequel vous essayez.
- Un examen clinique : volume et consistance des testicules, présence des canaux déférents, recherche d’une varicocèle (dilatation des veines autour du testicule).
- Le spermogramme : l’examen central. Il compte les spermatozoïdes, apprécie leur mobilité et leur forme. Un résultat anormal ne se juge jamais sur un seul examen : il est contrôlé à distance, car la production varie d’un prélèvement à l’autre, notamment après une fièvre ou une infection.
Les causes
On les classe selon leur origine : avant le testicule (la commande hormonale), dans le testicule (la production elle-même) ou après le testicule (un obstacle sur le trajet des spermatozoïdes). Cette distinction guide directement le traitement.

Avant le testicule : la commande hormonale
- Un déficit hormonal d’origine hypophysaire : rare, mais souvent accessible à un traitement médical, ce qui en fait une cause à ne pas manquer.
- La prise de stéroïdes anabolisants ou de testostérone : elle met la fabrication des spermatozoïdes à l’arrêt, ce que beaucoup ignorent. L’effet est le plus souvent réversible à l’arrêt, mais après plusieurs mois.
Dans le testicule : la production elle-même
- La varicocèle : fréquente, cette dilatation des veines autour du testicule l’échauffe et peut altérer la production. C’est l’une des rares causes accessibles à un geste simple.
- Un testicule non descendu dans l’enfance, une séquelle de torsion, de traumatisme ou d’orchite.
- Les séquelles d’une chimiothérapie ou d’une radiothérapie.
- Une cause génétique (anomalie des chromosomes, microdélétion du chromosome Y).
- Une altération de la production sans cause retrouvée : c’est une situation fréquente, et elle n’empêche pas d’agir.
Après le testicule : un obstacle sur le trajet
- Une obstruction des voies séminales : les spermatozoïdes sont bien fabriqués mais ne peuvent pas sortir — séquelle d’infection, d’une chirurgie, ou vasectomie antérieure.
- L’absence congénitale des canaux déférents, associée à une anomalie génétique qu’il faut rechercher avant tout projet de grossesse.
- Les troubles de l’éjaculation, notamment après certaines chirurgies ou dans un contexte neurologique.
Les examens complémentaires
Ils sont guidés par le spermogramme et l’examen, jamais systématiques :
- un bilan hormonal sanguin (FSH, LH, testostérone) ;
- une échographie des bourses, éventuellement complétée par une échographie par voie rectale à la recherche d’un obstacle ;
- un bilan génétique (caryotype, recherche de microdélétions du chromosome Y, recherche d’une mutation associée à l’absence de canaux déférents) lorsque les spermatozoïdes sont très peu nombreux ou absents. Ce bilan est proposé avec une consultation de génétique, car il peut avoir des conséquences pour l’enfant à naître ;
- parfois une recherche d’infection ou des examens plus spécialisés sur le sperme.
Les traitements
Ils dépendent entièrement de la cause identifiée :
- Le traitement d’une varicocèle, par chirurgie ou par embolisation, lorsqu’elle est associée à une altération du sperme.
- La correction chirurgicale d’un obstacle, y compris la réparation après vasectomie, qui permet dans un certain nombre de cas de rétablir le passage des spermatozoïdes.
- Un traitement hormonal, dans les rares situations où un déficit est démontré.
- L’arrêt de ce qui nuit : anabolisants, testostérone prescrite hors indication, certains traitements modifiables.
- L’assistance médicale à la procréation (insémination, fécondation in vitro, ICSI), organisée avec le centre d’AMP du CHU lorsque le traitement de la cause ne suffit pas ou n’est pas possible.
Les prélèvements chirurgicaux de spermatozoïdes
Lorsque le sperme ne contient aucun spermatozoïde — on parle d’azoospermie —, cela ne signifie pas nécessairement que le testicule n’en produit pas. Un prélèvement chirurgical permet d’aller les chercher directement dans l’épididyme ou dans le testicule, sous microscope, pour les utiliser en fécondation in vitro.
Le geste se fait en ambulatoire, en coordination étroite avec le laboratoire de biologie de la reproduction, qui examine le prélèvement immédiatement et congèle ce qui peut l’être. Les chances d’aboutir dépendent de la cause de l’azoospermie : elles sont discutées avec vous avant l’intervention, et le service a publié ses résultats sur ce point [1].
Préserver sa fertilité avant un traitement
Avant une chimiothérapie, une radiothérapie ou une chirurgie susceptible d’altérer la fertilité — en particulier dans le cancer du testicule, qui touche l’homme jeune —, une conservation du sperme est proposée systématiquement, avant le début du traitement. C’est une démarche simple, et il ne faut pas hésiter à la demander si elle ne vous a pas été proposée.
Ce qui dépend de vous
- Le tabac et le cannabis altèrent la production et la mobilité des spermatozoïdes ; l’arrêt améliore les paramètres en quelques mois.
- La chaleur est l’ennemie du testicule : bains chauds prolongés, sauna, ordinateur portable posé sur les genoux, station assise prolongée en cabine chauffée.
- Le surpoids et une consommation excessive d’alcool jouent également.
- La production d’un spermatozoïde demande environ trois mois : les effets d’un changement d’habitudes ne se lisent pas avant ce délai, ce qui rend inutile un contrôle trop précoce.
L’expertise du service
La consultation d’andrologie et d’infertilité masculine est assurée au CHU de Bordeaux par le Dr Astrid Boulenger de Hauteclocque, qui a effectué une année de formation en andrologie au CHU de Nîmes. La prise en charge est menée avec le centre d’assistance médicale à la procréation du CHU et son laboratoire de biologie de la reproduction, avec lesquels le service partage consultations, prélèvements et travaux de recherche.
Voir aussi notre fiche Andrologie et médecine sexuelle.
Prendre un rendez-vous · Les publications de l’équipe
Une équipe qui fait progresser les connaissances
L’équipe a publié, avec le centre d’AMP du CHU, ses résultats sur les chances cumulées de naissance après prélèvement chirurgical de spermatozoïdes dans les azoospermies non obstructives [1]. Le Dr Astrid Boulenger de Hauteclocque a par ailleurs participé aux recommandations du Comité d’andrologie et de médecine sexuelle de l’Association Française d’Urologie [2], et le service a contribué aux travaux sur les tumeurs du testicule découvertes lors d’un bilan d’infertilité [3]. Retrouvez ces travaux sur la page Les publications de l’équipe ; participer à une étude clinique peut également vous être proposé.
Références
- Cumulative live birth rates following testicular sperm extraction in non-obstructive male infertility — European Journal of Obstetrics, Gynecology and Reproductive Biology, 2026.
- Recommandations du Comité d’andrologie et de médecine sexuelle de l’AFU concernant la prise en charge de la vasectomie — Progrès en Urologie, 2023.
- Testicular tumours discovered during infertility workup are predominantly benign and could initially be managed by sparing surgery — Journal of Surgical Oncology, 2018.
Cet article est inspiré des fiches d’information de l’Association Française d’Urologie : consultez l’information des patients sur Urofrance.org.
